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Marc Vasseur (Journal d'un vieux con désabusé)

Nouvelle (1/3)

6 Mars 2007 , Rédigé par Marco Publié dans #En pure perte

Pierre.
Il gravit les marches d’un pas lourd, sous ses pieds le bois gémit d’une douleur sèche ; son souffle est court, ses poumons pleurent ce manque d’oxygène ; il n’est ni vieux, ni jeune,  dans un entre deux ages absent. Pierre, à l’entrée de cet immeuble décrépis, rongé par l’abandon, ne savait pas encore où ce serpentin interminable allait le mener. Les murs délavés ne se souviennent plus, depuis fort longtemps, de leur dernier rafraîchissement, le gris domine avec encore quelques stigmates de couleurs vives en souvenir d’années plus prospères.

Il y a encore quelques heures, Pierre ne connaissait pas encore ce lieu, perdu au milieu de rien, perdu au fin fond de cette ville… pourtant, il pensait la connaître sa ville, il ne l’a jamais quitté. Il est né ici, y a été élevé, connu son dépucelage dans une arrière cours, il sait qu’il y mourra aussi. De sa vie, il ne pensait connaître qu’une seule inconnue, l’heure de partir, passer de trois fois rien à un rien universel, indicible.

Pierre se sait depuis longtemps, a-existant, pour lui ça veut dire anonyme… il a bien sur voulu comme tout le monde exister, être quelqu’un, qu’on l’appelle Monsieur avec déférence… qu’a-til fait pour parvenir à ça… pas grand chose à vrai dire… Toute façon, durant toute sa foutue jeunesse on lui a dit qu’il ne ferait jamais grand chose alors… à quoi bon… Pierre s’est résigné sans excès, à la différence de certains de ses « amis » qui se sont connus et se sont très vite dé-connus, abîmés qu’ils étaient par l’alcool bas de gamme de ces hypermarchés pour pauvres.

L’existence de Pierre n’a dépassé que très rarement ces quartiers gangrenés par la misère cachée où le chômage n’est plus une honte mais une maladie génétique dont on hérite du père… la mère se contente de reproduire, certains disent que c’est pour les allocs, plus sûrement ça permet aux femmes d’exister non pour elle mais quelque temps pour leur progéniture… c’est déjà ça de pris à l’anonymat.

De toute façon, Pierre, des quartiers riches, il n’en connaît que les façades massives, les images données par la téloche et quelques échos de ceux qui ont eu la chance d’y entrer… comme ouvrier ou femme de ménage… jamais plus.

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