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Marc Vasseur (Journal d'un vieux con désabusé)

Ségolène Royal dans le JDD...

5 Avril 2009 , Rédigé par Marc Publié dans #Petites et Grandes choses

C'est Guy Birenbaumqui a signalé l'interview de Ségolène Royal par Claude Askolovitch. Je n'ai pas l'habitude de faire dans la retape gratuite mais j'avoue que sur bien des points, Ségolène Royal appuie opportunément là où ça fait mal. Non définitivement, je ne regrette aucun de mes votes en sa faveur, ni les prochains.

Quand vous avez vu des cadres de Caterpillar être retenus, vous avez eu de la sympathie pour eux?
Ce n'est pas agréable d'être retenu, et c'est illégal de priver quelqu'un de sa liberté de mouvement. Mais on ne les a ni brutalisés ni humiliés. Ceux qui sont fragilisés, piétinés et méprisés, ce sont les salariés à qui l'on ment, avant de les mettre à la porte. A Caterpillar, ils ont appris leur arrêt de mort sociale en lisant la presse ; et on s'étonnerait de leur réaction? Etonnons-nous plutôt de l'état du dialogue social dans notre pays!

Mais un meilleur dialogue social n'empêcherait pas la crise?
Le dialogue social est un facteur de réussite, y compris dans une crise. Dans les entreprises en difficulté, les employés sont les premiers concernés et souvent les plus lucides sur la situation et les solutions. A chaque crise, on apprend que les syndicats ont tiré la sonnette d'alarme à l'avance en vain. Si on les écoutait, si on anticipait les difficultés, on diminuerait le malheur... La question centrale est celle du mépris. Mépris pour des gens que l'on n'écoute pas, et que l'on bafoue, qu'on laisse suspendus dans l'incertitude, victimes de décisions prises hors d'eux, et qu'on aurait pu éviter.

Ce "mépris social", c'est un mal français?
Oui, mais il n'y a pas de fatalité. Aujourd'hui, je constate ce que fait le gouvernement, ou ce qu'il ne fait pas. Les pouvoirs publics sont trop souvent sourds et aveugles, hermétiques à ce que disent les salariés. Ni à Gandrange ni chez Heuliez, l'Etat n'a accepté de prendre en compte les solutions des syndicats... Les gens en pleurent...

Et ces pleurs nourrissent la violence?
Je ne suis ni une Cassandre ni Olivier Besancenot, je ne prédis ni ne souhaite une insurrection sociale. Mais je vois des révoltes, dans des entreprises, dans ces magasins où les gens se servent sans payer. Le point commun, c'est l'exigence de respect, exigence exacerbée après les révélations sur les abus de certains dirigeants... Il y a une délinquance de certains hyperprivilégiés; une manière de piller les ressources de sociétés qui licencient. Nous subissons un désordre inique; il y a une anarchie profonde du système...

Mais ça ne date pas d'aujourd'hui?
Oui, mais les injustices sont devenues encore plus insupportables. Parmi ceux qui ont été à l'origine de la crise, beaucoup sont aujourd'hui à l'abri. Pour beaucoup d'autres au contraire, la vie bascule, les salariés perdent leur emploi et n'en retrouvent pas, le chômage des jeunes et des seniors explose, des milliers de familles ne parviennent plus à payer leur loyer ou rembourser leur emprunt. Et comme le pouvoir ne met pas d'ordre dans ce désordre, tout est exacerbé...

Le gouvernement a pris un décret contre les stock-options, et il veut imposer des règles sur le partage du profit...
Les trois tiers? Où sont les textes de loi? Pourquoi attendre encore pour légiférer? Pour attiser les passions? Pour gagner du temps? Je crois que le Président commence à admettre qu'il va devoir porter le fer contre les privilèges de son clan, celui du Fouquet's... Ceux à qui il évite la pression fiscale; ceux pour lesquels il n'a pas changé réellement les règles des bonus, des stock-options. Ça ne tiendra pas éternellement.

Mais il s'en prend aux patrons, il dénonce certains comportements?
De manière malsaine! On a besoin de règles, pas d'une chasse à l'homme. Il faut réglementer pour empêcher les abus. Le Président ne le fait que marginalement. En revanche, il crée de nouvelles polémiques, il alimente une détestation générale des entrepreneurs. Or, on a besoin des entrepreneurs, de tous les entrepreneurs: le préjugé des petits contre les gros est stupide. Mais les entreprises doivent être cadrées, puisque les gens ne sont pas spontanément raisonnables. Vous connaissez la théorie du Medef selon laquelle la seule transparence suffira à créer des comportements vertueux? C'est le contraire: la transparence des rémunérations a provoqué une hausse des salaires patronaux, chacun voulant se payer autant que le voisin.

C'est l'avidité? La perte du sens moral?
Pourquoi qualifier un comportement que tout le monde peut juger? Est-ce normal? Non. Cela nuit-il à l'économie? Oui. Peut-on faire avancer une société avec de tels comportements? Non. Donc il faut agir. Mais il y a une mollesse du pouvoir, dès qu'il s'agit d'action...

La gauche, en son temps, n'a guère réformé le capitalisme!
Sans doute. Mais les tensions sociales n'étaient pas les mêmes. Et la gauche n'avait pas affaibli les services publics, tout ce qui cimente notre société et lui donne sa force de cohésion... Evidemment, si nous avions été tout le temps à la hauteur, il y aurait moins besoin de réformes aujourd'hui. Moi-même, lorsque j'étais ministre, j'ai échoué à imposer au gouvernement auquel j'appartenais une loi interdisant le crédit revolving, ce piège absolu du surendettement. Mais regretter le passé ne sert à rien. C'est maintenant que la crise fracture la société.

Mais le passé nourrit la méfiance populaire envers les gouvernants...
La confiance, elle, pâtit des abus, et des mensonges d'une campagne présidentielle sur le pouvoir d'achat, qui a donné une présidence au service des plus riches. Le pouvoir crée des tensions et des régressions, il est sourd et aveugle, et de plus en plus isolé. Je l'avais dit lors de la campagne, nous le constatons tous aujourd'hui. Le Président ne se déplace plus en province que protégé par des centaines de policiers et de gendarmes ! Si on veut rétablir la confiance, il faut prendre en compte les aspirations du peuple: que tout le monde contribue dans la difficulté ; que la politique ne soit pas faite pour une poignée de privilégiés...

C'est - encore une fois - une situation révolutionnaire? Ou le retour de la lutte des classes?
Quand on entend des élus de droite expliquer benoîtement que le bouclier fiscal protège les pauvres, on se croirait sous l'Ancien Régime! Alors, est-ce le retour de la lutte des classes? Peut-être. Ce que je sais, c'est que les luttes sociales existent plus que jamais. Longtemps, on a souffert en France de la faiblesse syndicale. La crise, la baisse du niveau de vie, l'injustice provoquent une prise de conscience et une réaction...

Vous avez peur de nouvelles violences?
J'ai peur que mon pays décline. Sans justice, nous n'aurons pas de paix sociale, ni de progrès... Vous savez, personne n'a envie d'aller au conflit violent; les Guadeloupéens du LKP auraient préféré avoir gain de cause tout de suite.

Selon vous, on est forcé de se révolter?
Les salariés doivent forcer le barrage de l'injustice absolue: ce discours dominant qui demande aux salariés de subir, et de disparaître en se taisant, d'être licenciés sans faire d'histoire ni de bruit... Je pense le contraire: depuis qu'ils sont médiatisés, les salariés d'Heuliez progressent, on ne peut plus les dénigrer. Ce qu'on appelle la révolte, c'est une réaction contre la violence qui s'exerce contre les salariés et contre le pays.

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PeutMieuxFaire 05/04/2009 22:32

Ses partisans ont toujours trouvé à SR quelques bonnes idées, plutôt qualifiées d'intuitives car insuffisamment argumentées et développées dans un discours global qui manquait de cohérence ou dont la cohérence nous échappait. On dirait que ça change.Exemple (si vous ne l'avez pas déjà lu) :      http://www.jean-jaures.org/essai23/essai23.pdf

Ardèche 05/04/2009 19:33

D'accord avec les propos de SR.Je me pose une question,pourquoi les socialistes partisans de SR +DA,le modem ,les écologistes et les gens lucides de l'extrême gauche ne créeraient pas un nouveau parti politique de centre gauche réaliste?,qui remette en cause le monopole qui exerce le PS sur l'électorat de gauche et de centre-gauche(grâce au système électoral qui oblige les électeurs à voter "utile"au 2e tour des élections)?.Il est évident que Aubry ne fait pas l'affaire pour remettre  le ps au travail ,qu'elle est prisonnière des fabiusiens qui roulent pour Fabius et des cambalédistes,qui roulent pour SK pour 2012.Dans le fonctionnement interne du ps,rien n'a changé par rapport à l'époque Hollande.Je ne sais pas si SR a intérêt a rester au sein du ps.Si elle part,je reconnais que c'est très risqué(à cause du système électoral),mais celle qui risque rien,n'a rien.Si elle reste c'est aussi très risqué,car le ps se présentera divisé en 2012,et elle risque de ne pas être présente au 2e tour.Je dis ça,parce que dans les candidats éventuels de la gauche pour 2012,la seule qui me paraît capable d'atteindre le 2e tour,c'est justement elle(même si je suis pas vraiment un fan de ségo),car elle reste très populaire chez les électeurs de gauche(malgré les pseudo-sondages qui disent le contraire).

Jarod 05/04/2009 14:34

Ségolène Royal est lucide elle est sur le terrain bien plus que n'importe qui, elle étudie les situations et elle fait toujours des propositions claires.Ségolène est celle qui s'oppose concrètement de manière la plus constante la plus constructive elle consulte les syndicats et les salairiés et elle propose des solutions réalistes.On peut aisément comprendre pourquoi elle est appréciée par les français.Dans le sondage du JDD de ce dimanche elle est la préférée des élécteurs de gauche elle tient la 1ere position.

jon 05/04/2009 14:13

Toujours aussi percutante et juste la Royal !

superpado 05/04/2009 13:05

Tiens, un Kreutzer! C'était le nom d'un Lorrain inbuvable que j'ai connu à Radio France, désolé mais vous portez le nom d'un de mes plus mauvais souvenir de radio.Marc, je fais un hors sujet parce que je sais qu'un de tes fidèles commentateurs est à la gauche moderne de Bockel.Aujourd'hui dans dimanche plus sur canal il y a eu un sujet sur la conf de presse de Bockel sur les Européennes.Pour ceux qui se demandent encore si ce truc existe je leur recommande ces quelques images, c'est pitoyable.