Mardi 15 janvier 2008
 
 
Balduyck.jpgAprès Villeneuve d'Ascq, Roubaix,  je continue mon petit tour d'avant municipales sur la Métropole Lilloise, Aujourd’hui Tourcoing (je ne me foule pas… c’est la même introduction).
 
Tourcoing  (92 000 habitants) Maire sortant Jean Pierre Balduyck -PS-
 
Cette élection tourquennoise est probablement celle qui additionne les enjeux. Pour ma part, j’en dénombre trois : en premier lieu  pour la ville (bravo pour cette lapalissade), son importance dans l’échiquier géopolitique communautaire (sic)  et enfin sa charge symbolique au plan national.
 
Localement : Jean-Pierre Balduyck, maire socialiste, aura été le premier depuis la libération à réussir le tour de force de faire 3 mandats successifs depuis 1989. Jusqu’à cette date, la ville avait un faible prononcé pour l’alternance. C’est dire, si sa succession avec Michel-François Delanoy est loin d’être assurée, pour preuve les résultats des présidentielles.
 
1er tour
 
 
Nicolas SARKOZY
13 217
30,72%
Ségolène ROYAL
12 060
28,03%
François BAYROU
6 558
15,24 %
Jean-Marie LE PEN
5 562
12,93%
2eme tour
 
 
Nicolas SARKOZY
22 254
51,51 %
Ségolène ROYAL
20 947
48,48 %
 
 
 
A gauche, la situation est relativement simple, Michel-François (photo  avec Ségolène Royal) a réussi à rassembler autour de son nom, toute les composantes de la Gauche. On peut espérer que les cicatrices internes provoquées par la MFD.jpgdésignation de la candidate socialiste sont complètement résorbées.
 
Le Modem sera bien évidement de la partie avec Michel Vantichelen. Ce dernier a réussi un petit coup puisqu’il a sur sa liste une conseillère municipale Khaoula Sayah, ex-socialiste. Cependant sans sous estimer le poids du MoDem, on peut légitiment penser que ce dernier rejoindra le leader socialiste dans l’optique du deuxième tour.
 
L’adversaire désigné de Michel-François est Christian Vanneste, homophobe notoire condamné par la justice. Membre du parti croupion, le CNI, ce dernier a cependant reçu le soutien plein et indéfectible  de l’UMP. Il faut rappeler, les propos de Fillon ce week-end pour comprendre le caractère  symbolique de cette élection. Ce dernier a déclaré à propose de Vanneste : «  il ne faut pas qu’à une intolérance réponde une autre intolérance » ; phrase énigmatique mais qui semble montrer qu’à tout prendre cette homophobie confirmée par les tribunaux peut être prise.
 
A ce jeu de l’intolérance, on peut s’interroger sur les alliances du deuxième tour, sachant que le Nouveau Centre, autre parti croupion, apporte sa caution aux dérapages de « notre » agité local. Christian Vanneste ira-t-il jusqu’à passer un accord avec le candidat de l’extrême droite Christian Baeckeroot car même si le FN s’est fait siphonné une partie de son électorat par Sarkozy (ici comme ailleurs) son poids et son pouvoir de nuisance est encore bien réel. C’est aussi une des clefs du scrutin tourquennois.
 
Au niveau de la Communauté Urbaine : Enjeu local, enjeu symbolique mais aussi enjeu majeur pour la présidence de Lille Métropole Communauté Urbaine. Je ne reviens pas sur les rapports de force intra-communautaire (cf mon analyse) cependant il est indéniable que le basculement de Tourcoing serait un avantage indéniable pour Marc-Philippe Daubresse (UMP) qui attend la présidence LMCU depuis de nombreuses années… à n’importe quel prix… fusse-t-il celui des valeurs.
 
 
Quelques articles concernant cette élection pas comme les autres : Voix du Nord, Libération. 

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Lundi 14 janvier 2008

On-s-aime-tous.jpgPromis, juré, craché... l’heure n’est pas à parler du congrès socialiste de la rénovation en marche… bon si il ne s’appelle pas comme ça… on devrait sémantiquement s’en approcher…
 
Manifestement… si les militants vontt une fois encore, une fois de plus, être les grands oubliés de ce processus… il ne faut pas s’inquiéter, on enverra comme d’habitude les pavés à lire ; on demandera les contributions des militants… pour chauffer le poêle… ça n’a jamais servi à autre chose… bref on fera un bien bel exemple de démocratie pyramidale… seule chose que ce foutu parti arrive à faire.
 
 Donc, pour l’instant, là n’est pas la question puisque l’important est de faire du PS, le premier parti de l’opposition à Nicolas Sarkozy et François Fillon… sauf pour certains dirigeants… bien entendu… qui eux se réunissent sous les lambris dorés du Sénat…  
 
A lire le compte-rendu de cette sauterie entre fabiusiens, Aubriistes, strausskahniens… Montebourgeois… on a un peu le sentiment de voire se former une sorte de conjuration anti-Royal… mais manifestement… un autre visé se dessine en la personne de Bertrand Delanoë.
 
Ici, je dois faire un vibrant mea-culpa… il y a quelques mois, j’avais annoncé ce mariage de la carpe et du lapin… pour faire en sorte de barrer la route coûte que coûte à Ségolène Royal… Arrfff… presque bon… j’avais oublié la mue du jeune lion en vieil éléphant… et également de mettre le maire de Paris dans le collimateur de nos « sympathiques » conjurés.
 
Et loin de nous l’idée de penser comme Benoit Hamon le fait remarquer lors de cette réunion «qu’il ne faut pas que nous apparaissions comme un front du refus contre Bertrand Delanoë ou Ségolène Royal »… trop tard c’est dit… merci pour tant de franchise dans le motif de cette joyeuse réunion autour d’une galette frangipane…
 
Le truc important qui ressort c’est surtout la volonté de ne pas se retrouver avec un candidat à la présidentielle dès 2008… oui… il faut des primaires en 2010… comme ça… on se laisse le temps de ne pas trop cicatriser les aigreurs et les blessures inhérentes à un tel processus… et tout compte fait d’aborder les présidentielles de 2012… dans de mauvaises conditions… bref… faire un nouveau remake de 2007.
 
Moi, il faudra juste qu’on m’explique, à partir du moment où la gauche dans son ensemble ne veut pas recourir à des primaires à l’italienne, pourquoi le PS ne peut désigner son candidat dès cet automne. Jusqu’à preuve du contraire, la LCR, le MoDem, le PC dans une moindre mesure et Lutte Ouvrière avaient et ont leur candidat désigné bien en amont.
 
Allez, je vais vous laisser sur cette réflexion de Martine Aubry « on ne va pas s'appeler les rénovateurs ou je ne sais quoi, on a vu trop souvent des groupes comme ça qui se donnaient un nom et ne duraient pas six mois »… ouais et puis il n’y pas beaucoup de jeunes perdreaux dans ce rassemblement… 

Petit ajout (15.01.2008 à 8h30) : A Dijon, Rebsamen fait également alliance avec le MoDem dès le premier tour... c'est bien mais pas dans la ligne officielle camarade.
 

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Lundi 14 janvier 2008
Muncipales.jpg
 François Hollande et la direction du PS veut faire de ce scrutin un enjeu national… ça tombe bien, Francois Fillon et l’UMP ont la même volonté.
 
Si Nicolas Sarkozy semble un peu en retrait sur cette politisation, cependant la venue de Tony Blair ce week-end pour le lancement des municipales peut infirmer ce positionnement présidentiel…
 
Mais ce souhait des états-majors ne semble pas être partagé par les citoyens comme le montre (à manier avec précaution) l’enquête de Libération avec près de 80% des électeurs qui privilégient le local.
 
En regardant s’ébrouer ces « vrais » premiers jours de campagne, je pense que cette logique du local est déjà entrain de s’imposer dans les faits.
 
Pourquoi… deux éléments viennent appuyer ce constat… 
 
Tout d’abord l’attitude du Modem, elle est connue depuis de longs mois et part du postulat d’accord au cas par cas en fonction des conjonctures locales… On peut s’étonner, regretter ce positionnement jésuitique mais pour la survie de cette nouvelle organisation, à la gestation difficile, je crois que c’est le seul possible dans un premier temps.
 
Au regard du poids de ce parti, il est évident que son incidence est moindre sur l’orientation que prendra ces municipales ; moindre mais non nul.
 
Maintenant, regardons un instant les circonvolutions du Parti Socialiste… et bien… le PS semble s’aligner sur une stratégie d’alliance à géométrie locale… dit comme ça, c’est bien entendu beaucoup plus noble, c’est pas pareil quoi.
 
Divagation… ce week-end m’a valu mon flot d’étonnement politique… j’avais annoncé, il y a quelques temps qu’à Roubaix on s’acheminait vers un accord PS-MoDem dès le premier tour… première grosse entorse aux déclarations de la direction nationale… mais en plus ces entorses semblent se multiplier… et on apprend que parfois des débauchages se font aussi dans le sens UMP-PS… une ouverture inversée… comme en témoigne la drôle de jeu grenoblois...
 
Stratégie d’ouverture vers « la droite » mais aussi stratégie d’ouverture vers l’ultra gauche… à Villeneuve d’Ascq, si le PS tente de faire renaître la défunte gauche plurielle, il fait alliance avec Lutte Ouvrière dès le 1er tour… bon et comme je suis pas tombé de la dernière pluie… la corbeille des nouveaux mariés ne doit pas être vide… genre un poste d’adjoint… (je reviendrai sur cet accord demain…).
 
Bref… comme souvent depuis quelques mois… la direction du Parti Socialiste est incapable de faire appliquer ses directives… chaque ville semble faire ce que bon lui semble… mais au fond pourquoi cela serait différent des agissements et déclarations de nos leaders

Dans le même temps… ce n’est pas gravissime… ça pose une fois de plus la question de la cohérence de l’appareil socialiste… On dit A… et on fait soit B, soit C, soit autre chose…
 
Reste en jachère la question des alliances pour le PS... et ce grand écard permanent risque d'être préjudiciable... on ne peut pas faire tout et son contraire... mais vouloir faire du PS le premier parti d'opposition (ce qui est noralement déjà le cas) est la seule chose que puisse nous proposer la direction du Parti Socialiste.

Les élections municipales, enjeu national… mouais bof et les prochaines semaines ne devrait pas inverser fondamentalement la tendance… d’un scrutin essentiellement local. D’autant qu’au fond, je ne suis pas certain que l’UMP y ait vraiment intérêt sauf sur le terrain de l’ouverture.

PS : oui je sais... cet article est bordélique.

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Jeudi 10 janvier 2008

 

 

Hollande.jpgDonc après Sarkozy, une Bayrou plutôt en forme sur le front de l’attaque, Hollande a fait son rituel des vœux… honte à moi, je n’ai pas écouté… pas le temps, une programmation pointilleuse en PL/SQL et il faut le dire… peu d’appétence pour entendre mon premier secrétaire en fin de parcours.

 

De son numéro… le Nouvel Obs a retenu ce titre « Objectif pour le PS : être le premier parti de France » et de reprendre le propos de Hollande : « Je fixe donc deux objectifs pour l'année prochaine : le Parti socialiste doit être le premier parti de France, à l'occasion des élections municipales et cantonales, en termes de suffrages comme en termes de collectivités dont nous aurions, si les électeurs nous donnent leur confiance, la responsabilité ».

 

Super… c’est bien ce que je craignais… le but ultime de PS est de devenir un parti d’opposition constitué de « notables »… magnifique et exaltante ambition pour le militant que je suis, et qui me revendique comme tel, partout faire en sorte d’élire des candidats et candidates qui font la France…

 

On me rétorquera que la presse n’a repris qu’une infime partie d’un discours combatif et débordant de propositions… très honnêtement, même si cela était le cas, quel crédit donnait à un Premier Secrétaire sur le départ et "théorisan"t un positionnement sur le Traité de Lisbonne pour le moins incompréhensible, et « pour le plus » dans le style d'un « courage fuyons » grotesque…

 

Bon…  je suis rassuré… le PS est opposé à la fin de la durée légale du travail… Waouhhh… c’est bien le moins qu’il puisse dire…

 

Pour le reste… quelles sont nos propositions, quel est notre corpus idéologique, notre ligne directrice, nos aspirations pour la société… bref toutes ces petites choses… dont nous n’avons plus discuté en notre sein depuis une bonne dizaine d’années…

 

Le plus dramatique dans cette période de vœux… c’est qu’à repousser le débat sans cesse… nos adversaires et Nicolas Sarkozy en tête se sont empressés de reprendre à leur compte certaines propositions et réflexions de personnes qui nous sont proches… Non seulement ceux de notre histoire mais aussi de notre époque.... ce qui est encore plus grave. On a beau jeu d’hurler à la récupération, à rejouer cette scène de l’Avare en criant sur ce théâtre permanent « Ma cassette !!, ma cassette !!» ; c’est bien dans les arrières salles désenfumées que nos Vraies victoires de demain se jouent. En posant clairement les problématiques, les enjeux, en les confrontant, en allant enfin au fond des idées.

 

C’est pour moi la seule chose qui comptent, redonner vie à l’idée socialiste, redonner non seulement un espoir, une réalité aux citoyens sinon j’ai bien peur que cette victoire annoncée de mars soit une nouvelle fois… une victoire à la Pyrrhus… une de plus…

 

J’ai l’impression d’une redite … mais non seulement le PS est aphone mais en plus il est sourd…


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Jeudi 10 janvier 2008

Stiglitz.jpg 
Notre président a découvert pas mal de penseurs ces dernières semaines.

Après Edgar Morin, adepte de la pensée complexe; Nicolas Sarkozy nous a sorti l"économiste Joseph Stiglitz.
 
Un minimum de préparation aurait été profitable à Sarkozy avant d’ânonner des formules floues sur sa politique de civilisation et les 6 tomes de 'La méthode de la Méthode ».
 
Donc avant de nous refaire ce coup un peu visible et de passer pour un con aux yeux du monde mais, rassurez-vous pas auprès des 600 journalistes lobotomisés ; Monsieur le Président, je vous propose une remise à niveau rapide concernant la réflexion de ce prix Nobel  d’économie, et par ailleurs ancien conseiller de Clinton.

L’interview, tirée du site de l’UNESCO, date de 2002 suite la sortie de son livre « La grande désillusion ». Monsieur le Président, ne me remerciez pas, c'est bien naturel de vous aider.
 
Joseph Stiglitz : "Réformons les institutions économiques internationales"
Les « anti-globalisation » en ont fait leur héros, les partisans du tout-marché leur bête noire : « Joe » Stiglizt trouve le monde « injuste » et voudrait le changer. Interview avec le Nobel d’économie le plus controversé de sa génération.    
 
Dans votre ouvrage La Grande Désillusion, vous affirmez que la mondialisation ne marche pas. Pourquoi ?
Parce qu’elle ne profite pas à tout le monde, même si elle profite à certains, voire à beaucoup de monde dans certains pays. Grâce à la mondialisation, la Chine et plusieurs pays d’Asie ont accru leurs exportations. Mais ailleurs, notamment en Amérique latine, les réformes des années 90 ont engendré de l’instabilité économique. Souvent, la croissance est restée très limitée et ses bénéfices ont profité aux riches de manière disproportionnée.

La crise des marchés financiers qui touche les pays riches est-elle liée aux dysfonctionnements de la mondialisation ?
Oui et non. Le problème, ce n’est pas la mondialisation mais les institutions économiques internationales, notamment le FMI, qui ont imposé un certain nombre d’idées: le fanatisme du marché, une certaine vision du capitalisme à l’américaine, vu comme le meilleur, voire le seul, système économique universel. Mais les scandales récents, aux Etats-Unis et ailleurs, montrent que ce système pose de graves problèmes et soulignent le caractère malsain des liens entre les sphères politiques et économiques. Quand je faisais partie des conseillers économiques de la Maison Blanche, nous plaidions pour changer le mode de comptabilisation des stock-options détenues par les cadres d’entreprises. Mais le Trésor, les milieux financiers et les entreprises, qui étaient contre ces réformes, ont réussi à gagner huit années qui ont coûté cher à l’économie américaine.

Quels intérêts spécifiques cette forme de libéralisation sert-elle ?
Certains intérêts en Occident, mais également dans le Sud. Par exemple, la mondialisation des marchés financiers profite à tous les individus qui ont intérêt à spéculer sur des valeurs à court terme. Par ailleurs, certaines règles inégales du commerce, comme celle régissant la propriété intellectuelle, sont le fruit de pressions des laboratoires pharmaceutiques et de l’industrie des loisirs. Elles vont à l’encontre des intérêts de la communauté scientifique et de ceux qui se soucient de la santé et du bien-être des pauvres.

Mais vous ne croyez pas à la « théorie du complot de l’Occident », populaire en Asie et en Russie. Pourquoi ?
Une conspiration suppose que des gens se réunissent et coordonnent leurs actions. A mon avis, ce n’est pas le cas. Mais je crois à l’influence des idées et des politiques. L’idéologie des « fanatiques du marché » est une force très importante, de même que les contributions des milieux financiers aux campagnes électorales des leaders politiques. Le problème, c’est que le processus de décision est anti-démocratique : il n’est pas transparent, et les voix de certains groupes ou de certains pays comptent plus que d’autres.

Quel est l’impact de la mondialisation sur l’éducation, la culture et le partage du savoir ?
Les nouvelles technologies ont permis à certains groupes locaux de s’affirmer, et favorisent ainsi la diversité culturelle. Malheureusement, souvent, la mondialisation a été trop rapide et mal gérée ; elle a rompu l’équilibre des cultures existantes. Dans des sociétés dotées de systèmes traditionnels de solidarité, les institutions internationales ont parfois débarqué avec leurs programmes d’assistance tout faits, laminant les structures locales.

Dans votre ouvrage, vous mettez l’accent sur l’impact considérable des politiques éducatives sur le développement.
Ici, il faut nettement distinguer les positions de la Banque mondiale et celles du FMI. La Banque mondiale soutient des projets éducatifs dans de nombreux pays. J’ai pu observer des réussites, par exemple en Colombie, où des programmes scolaires ont été élaborés pour que les enfants de travailleurs migrants bénéficient d’une continuité éducative. En Ethiopie, la Banque a appuyé la refonte des programmes afin qu’ils soient plus en phase avec le pays réel. Mais les mesures d’austérité du FMI sapent souvent ces efforts, si bien qu’on peut se demander si elles ne sont pas austères à l’excès. En Ethiopie, je peux affirmer que c’était le cas. Les dépenses éducatives sont un investissement crucial pour l’avenir d’un pays. Elles devraient être prioritaires, même s’il faut examiner soigneusement comment l’argent est dépensé.

Que pensez-vous de la tendance croissante à la privatisation des services éducatifs ?
L’expérience montre qu’elle a un impact globalement négatif. Aux Etats-Unis, elle accentue en général la ségrégation, non pas raciale mais sociale. Il est fréquent que les écoles privées affichent de meilleurs résultats mais c’est parce que leurs élèves viennent de milieux favorisés, bénéficient d’une meilleure éducation à la maison, etc.

On dit que les technologies de l’information réduisent le fossé entre riches et pauvres. Etes-vous d’accord ?
C’est vrai lorsque les pauvres sont assez riches pour y avoir accès. Dans des pays comme la Chine, Internet contribue sûrement à réduire le fossé avec le Nord. Mais en Afrique, où l’accès aux nouvelles technologies est quasi inexistant, le fossé continue à se creuser.

En matière de propriété intellectuelle, les pays pauvres ont-ils intérêt à élaborer leurs propres lois ou à laisser se développer le piratage des produits occidentaux ?
Il faut qu’ils aient leurs propres cadres législatifs pour se protéger de la biopiraterie. Aujourd’hui, le jeu est inégal. Les pays en développement n’ont pas les moyens de se battre contre les avocats américains très cher payés par les compagnies occidentales qui pillent leurs ressources. Après le dernier round de négociations commerciales, à Doha fin 2001, ces pays doivent s’unir pour dire « nous devons revoir le régime de la propriété intellectuelle ».

Vous êtes convaincu que la mondialisation pourrait être une bonne chose pour les pauvres. A quelles conditions ?
Il faut qu’il y ait une reconnaissance, dans les pays du Nord, de la nature des inégalités et des problèmes mondiaux. Je pense que dans ces pays, la plupart des gens sont attachés aux principes d’équité et de justice ; s’ils prenaient conscience de ces choses, ils pousseraient leurs gouvernements à agir. Voyez le mouvement Jubilee 2000 pour l’annulation de la dette des plus pauvres.
Mais il faut également réformer les institutions économiques internationales.
Comment ?

Je modifierais le système des votes. Comme les Etats-Unis sont le seul pays à disposer d’un droit de veto au sein du FMI, celui-ci reflète forcément leurs intérêts. Et comme ils sont représentés par le Trésor américain, ce sont les intérêts des milieux financiers qui priment. Je changerais aussi le système de représentation. Si le FMI ne s’occupait que de questions techniques comme les assurances, on ne trouverait rien à y redire. Mais ses politiques touchent aussi à l’éducation, à la santé, etc. Or, les populations affectées n’ont aucune voix au chapitre, absolument aucune.

Que feriez-vous en Argentine aujourd’hui ?
Je cesserais de courir après toujours plus de financements extérieurs, ce qui ne sert qu’à entretenir le système de la dette et à payer les créanciers étrangers. Je me demanderais plutôt : « que faire à l’intérieur du pays ? comment mieux gérer les ressources humaines, qui sont sous-utilisées ? ». L’enjeu, c’est de créer un marché, une demande, et de renflouer les entreprises. J’essaierais, par exemple, d’obtenir un arrangement temporaire avec mes partenaires commerciaux pour qu’ils achètent davantage de mes produits à l’exportation, ce qui ferait rentrer de l’argent frais dans les caisses des entreprises. L’essentiel, c’est de faire redémarrer la machine.

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