Mercredi 7 mars 2007

C’est toute l’ambiguïté de cette foutue ville, on croit la connaître mais elle ne se livre pas ou à la marge ; ses gens se croisent sans se voir, chacun est le fantôme de l’autre, on se « mélange » dans les queues et encore… rares sont les échoppes non typées, même dans le supermarché du coin on peut s’éviter, il y a des rayons pour les pauvres et il y a ceux pour les plus riches… les premiers sont bien identifiés… en orange… un peu plus et les pauvres avaient droit à leur étoile, on y viendra c’est juste une question de temps… faut pas être pressé… l’humanité dispose de l’éternité…
Pas Pierre, non qu’il soit pressé, il s’en fout… juste qu’il se demande ce qu’il fait là, à monter ce putain d’escalier sans aucune explication rationnelle. Essoufflé, il s’autorise une pause au 5ème étage, il sait qu’il doit encore en monter quatre.
La fenêtre qui s’offre à lui donne sur le quartier « des trois plats »… nom débile mais qui résume à lui seul ce « nouveau »quartier qui date des années 70 quand on faisait venir des familles d’immigrés entières pour pourvoir au besoin en main d’œuvre dans le textile… De cette une époque, Pierre n’en connaît que des brides par les vieux qui en parlent avec une nostalgie non feinte, un espèce de Paradis terrestre. 50 ans plus tard, ce coin, si ce n’est pas encore l’enfer, a des relents revendiqués de purgatoire. Nul ne sait comment les rangées d’immeubles tiennent encore debout, la crasse peut être. Pierre, blanc de piau, l’a souvent traversé mais jamais trop longtemps, il ne sent pas chez lui ici… il sait que c’est très con, dans sa rue de vieilles baraques délabrées, il y a aussi pas mal d’arabes mais ce n’est pas pareil, il les connaît.
La nuit tombe, il profite de contrastes uniques où même la nuit tu reconnais les pauvre des riches, peut être même davantage encore qu’en pleine journée ; un riche ça peut jouer au pauvre, l’inverse est beaucoup plus difficile… il y a une démarche de pauvre… le dos est plus voûté… c’est imperfectible mais c’est bien réel.
Dans l’obscurité, Pierre distingue les lumières des habitations… à croire qu’il y a aussi une ségrégation aussi au niveau de l’électricité… pétillante et douce, blafarde et grise comme ce mur de merde… oui c’est étrange ce monde le noir… on pourrait penser qu’il est neutre quand tu le regardes et bien non… où que tu sois tu es rattrapé par ta maladie sociale.

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Mardi 6 mars 2007
Pierre.
Il gravit les marches d’un pas lourd, sous ses pieds le bois gémit d’une douleur sèche ; son souffle est court, ses poumons pleurent ce manque d’oxygène ; il n’est ni vieux, ni jeune,  dans un entre deux ages absent. Pierre, à l’entrée de cet immeuble décrépis, rongé par l’abandon, ne savait pas encore où ce serpentin interminable allait le mener. Les murs délavés ne se souviennent plus, depuis fort longtemps, de leur dernier rafraîchissement, le gris domine avec encore quelques stigmates de couleurs vives en souvenir d’années plus prospères.

Il y a encore quelques heures, Pierre ne connaissait pas encore ce lieu, perdu au milieu de rien, perdu au fin fond de cette ville… pourtant, il pensait la connaître sa ville, il ne l’a jamais quitté. Il est né ici, y a été élevé, connu son dépucelage dans une arrière cours, il sait qu’il y mourra aussi. De sa vie, il ne pensait connaître qu’une seule inconnue, l’heure de partir, passer de trois fois rien à un rien universel, indicible.

Pierre se sait depuis longtemps, a-existant, pour lui ça veut dire anonyme… il a bien sur voulu comme tout le monde exister, être quelqu’un, qu’on l’appelle Monsieur avec déférence… qu’a-til fait pour parvenir à ça… pas grand chose à vrai dire… Toute façon, durant toute sa foutue jeunesse on lui a dit qu’il ne ferait jamais grand chose alors… à quoi bon… Pierre s’est résigné sans excès, à la différence de certains de ses « amis » qui se sont connus et se sont très vite dé-connus, abîmés qu’ils étaient par l’alcool bas de gamme de ces hypermarchés pour pauvres.

L’existence de Pierre n’a dépassé que très rarement ces quartiers gangrenés par la misère cachée où le chômage n’est plus une honte mais une maladie génétique dont on hérite du père… la mère se contente de reproduire, certains disent que c’est pour les allocs, plus sûrement ça permet aux femmes d’exister non pour elle mais quelque temps pour leur progéniture… c’est déjà ça de pris à l’anonymat.

De toute façon, Pierre, des quartiers riches, il n’en connaît que les façades massives, les images données par la téloche et quelques échos de ceux qui ont eu la chance d’y entrer… comme ouvrier ou femme de ménage… jamais plus.

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publié dans : En pure perte
Samedi 27 janvier 2007

Douce violence.

Sons syncopés, paysages kaléidoscopes,
Vibration des sens, recherche primal,
Pour y puiser son instinct de survie,
Aller au delà de l'apparence,
S'y perdre sans l'ombre d'un regret.

Pour croiser vers ces mondes raisonnables,
Face aux terreurs humaines,
Se libérer du joug des biens pensants,
Englués de certitudes mortelles.
L'humain veille, guette ces oubliés de l'âme.

Errer pour y trouver ses semblables,
Se tromper sans renoncer,
Nouveaux Achilles, pourfendeurs d'illusions ensanglantées,
Vers ces odyssées infinies à la recherche du sens.

Usant d'une violence joyeuse et enfantine,
Pour masquer leur détermination.
Que la mort est douce pour ces puissants.
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publié dans : En pure perte

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