Lundi 17 mars 2008

 

undefinedJe ne vais pas commencer à décortiquer les résultats commune par commune… égrener les gains et les pertes de la gauche et de la droite… la presse et beaucoup de bloggeurs font mieux que moi. Il est d’ailleurs intéressant de notre qu’hormis le gouvernement et l’UMP, tout le monde s’accord pour dire que Nicolas Sarkozy a pris, dix mois après son arrivée, une belle claque…
 
Alors oui ici et là, on a bien tenté de nous montrer de nous montrer que les sondages nous disent que ce vote traduit en fait « une attente des français à accélérer le rythme des réformes », personne n’est vraiment dupe… la France ne va pas bien… ce n’est pas nouveau et surtout il n’y a pas l’esquisse d’un début d’amélioration pour les français depuis l’arrivée du président… sauf pour le dernier décile le plus riche… ils vous en remercient…
 
Seul et néanmoins gros problème… le PS ne constitue toujours pas une alternative au plan national… inexorablement, il semble se muer totalement en un parti de politique locale…. Perspective fort peu réjouissante… 

Donc on a gagné près d’une cinquantaine de villes… la belle affaire… et… en lisant la presse… stupeur… un certain René Dosière (accessoirement socialiste et fin spécialiste des pouvoirs locaux) nous
douche un peu la joie sur le thème du « Les communautés urbaines sont le vrai pouvoir local »… ah ben merde… on nous aurait menti… en lecteur attentif de ce modeste blog, vous aurez remarquez que l’auteur vous avez déjà causé de cette vraie réalité… et que de surcroît se pose la question de la légitimité démocratique de ces 'nouvelles" institutions… tremblement… j’avais évoqué ce léger petit détail… comme Marianne ce matin…
 
Alors… ben rien… ça me rassure un peu sur mon degrés de compréhension… c’est peu mais c’est déjà ça.
 
Alors en cet fin d’après midi, je n’ai certainement pas envie de célébrer de triomphe… en cet fin d’après midi… mes interrogations portent sur la capacité du PS à se poser enfin publiquement, devant les militants, les vrais questions qui ont trait à la gouvernance, à nos choix économiques, aux enjeux concernant une population fragilisée qui s’exclue du débat démocratique.
 
Alors les débats sur le Qui sont d’une vacuïté totale comparer aux Quoi d’une société en passe de perdre tous ses repères, où l’individualisme forcené déchire chaque jour un peu plus le lien social, la solidarité… il est urgent de penser.
 
On peut toujours tenter d’asseoir son pourcentage pour tenter d’étouffer l’autre encore faut-il le faire reposer sur une base solide…. Et ça… ils comptent sur les doigts de la main.
 
Le Congrès du Parti Socialiste avait déjà commencé… je ne suis rien mais j’y prendrai toute ma part sans détour, sans faux semblant… je n’ai rien à défendre, rien à gagner…seulement m’autoriser une expression militante libre. 

Edit : je viens d'entendre Gilles Pargneaux (1er sécrétaire de la fédé PS du Nord) De l'abstention non c'est de l'abstention de droite... en bref...il n'y a auncun problème, circulez il n'y a rien à débattre.... tout va bien... on prépare les prochaines défaites....

PS : la photo du grand stade de Lille à hauteur de 700 millions d'Euros avant dépassement voté par la Communauté Urbaine de Lille... ben oui... il y aura dépassement de l'enveloppe initiale... doit être un acte manqué...
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Lundi 17 mars 2008
 
undefinedUn petit sentiment au lendemain de ce second tour… rapide… j’ai une AG FO donc le prochain papier plus fouillé c’est pour ce soir.
 
1er vainqueur l’abstention : sans conteste c’est le grand vainqueur de ces élections, le taux de participation pour ce type de scrutin atteint un point bas historique. Une abstention de 60% à Roubaix, 55% à Lille, Toulouse 43%... la liste de ces « beaux » scores est longue. Par endroit, on enregistre une progression modeste dans les quartiers populaires mais soyons lucides… nous sommes ay bord d’une rupture civique où les hommes et femmes politiques seront dans une sorte d’ « entre soi ». Cette semaine, j’ai déjà évoqué ce malaise patent aussi je reprends à mon compte ce titre d’un article de Marianne : « la gauche a-t-elle gagné sans le peuple »… c’est à mon sens fort probant.
 
2ème vainqueur La gauche et surtout le PS : la gauche a confirmé et à même accentué le mouvement enregistré dès le premier tour. Les prises de Toulouse, de Strasbourg et de Périgeux (la chute du ministre de l’éducation) confirme ce grosse claque pour le gouvernement… et vive les sondages et l’autisme… c’est parce que les français veulent aller plus vite dans des réformes réactionnaires et injustes… ils n’ont pas voté car ils sont en attente… ah ben oui…c’est logique… La droite s’offrent la comparaison avec les municipales de 2007… certes mais celles-ci intervenaient 4 ans après l’arrivée de Jospin… là on est 10 mois après celle de Sarkozy.
 
Un mort François Bayrou : il a perdu à Pau, le Modem sort laminé par ce scrutin sauf en de rares exceptions… que va devenir ce parti ?? il est trop tôt pour pouvoir le dire mais les prochains mois risquent d’être difficile pour ses militants.
 
La morale à moitié sauve : Mellick battu à Bethune…, Tibéri sauvé grâce à Delanoë… ce dernier n’est pas irrésistible pour le prochain congrès… c’est aussi l’u des enseignements de ces municipales.
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Dimanche 16 mars 2008
marianne-copie-2.gifMarianne, Mon amie, ma muse, est également une militante, nous avons fait un mandat l'un avec l'autre... aujourd'hui, elle vous fait part de son sentiment. Pour qui la connaît... c'est une bosseuse, une perfectionniste, une idéaliste, une tête bien faite... 
Une fois n’est pas coutume, je m’essaie au blog de Marc ce dimanche car ce soir est un « grand soir »…En même temps que Marc qui lui termine son deuxième mandat, moi je tourne la page sur le premier…A un copain qui me demandait si le livre se fermait plus que la page se tournait, je répondais qu’un-e militant-e reste un-e militant-e…d’abord une période d’accalmie pour finir ce « deuil », puis je repartirai dans l’associatif, sur les Droits des femmes (NPF sans doute dont l’action me parait indispensable notamment au regard des rapports garçons-filles aujourd’hui dans notre société).
 
Deuil : vous me direz le mot est fort !? Pourtant…17 ans de « parti » (parti socialiste), à 35 ans, après des engagements fédéraux, locaux importants pour la jeune militante que j’étais (conseillère fédérale, sur la liste des municipales à Roubaix en 95 dans le cadre d’un engagement fort auprès de B Carton…Contre la liste de R Vandierendonck d’ailleurs ! puis sur Villeneuve-d’Ascq avec G Caudron / Jean-Michel Stiévenard puisque tel était le duo en 2001…). Mon engagement était celui avant tout d’une partisane politique, avec l’idée d’exercer ma liberté partisane dans des courants « minoritaires ». Gauche socialiste, puis Nouveau Parti Socialiste avec Montebourg / Peillon, je me sentais « investie d’une mission »…Projection des relents JOC de mon enfance et de ma famille…Sans nul doute !
 
Quoi qu’il en soit, cet exercice de ma liberté partisane n’a pu tenir que le temps du MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes) où il devient alibi pour LE PARTI…Dès « élection », il n’est plus bon ton d’être dans une ligne minoritaire ni de s’ « opposer ». C’est ainsi que les choses ont commencé – je passe sur les épisodes des vraies-fausses cartes découvertes avant les investitures, des manœuvres d’incitation aux votes classiques, de la manipulation des esprits,…- bref, au final, pour pouvoir dépasser ces « tactiques » de bas niveau existantes dans tous les partis je n’en doute pas, il faut se sentir « appartenir » pour un-e militant-e.
 
Escalade : un PS local sclérosé, préférant faire ses adhérents et nombre de cartes sur ses soirées lotos, une direction de section aux mains d’un courant – le courant fabiusien – un appui stratégique de la Fédération sur des partages de postes et de personnes (je te laisse la députation, tu m’aides sur le Conseil Général) – des manœuvres clientélistes : je maîtrise l’emploi (mission locale à l’époque) et le logement (direction d’Office HLM)…et le tour est joué, je suis « maître du jeu », les autres n’ont qu’à me suivre…ou partir !
 
Voilà tous les ingrédients pour taire les pourtant nombreuses voies non pas d’opposition, mais voies de la diversité interne, qui encourageaient – et eux seuls - le débat…Ceux-là même qui s’étripaient récemment dans des échanges de mails, se rejetant la faute des résultats de dimanche dernier…
 
Dommage mes « ami-es »…Je crois que l’erreur est effectivement là où vous, bloggeurs politiques, avez les yeux : il n’y a plus de ligne, plus d’idées et plus de diversité au PS…La preuve en est effectivement, et quoi que chacun en dise, les alliances de « circonstances » et non pas de projet bien souvent, avec LO d’un côté ou le Modem de l’autre…Pourquoi pas ? L’idée est intéressante si elle se fait dans une logique de re-construction idéologique à partir de la diversité des points de vue.
Qu’est-ce qu’avoir une carte aujourd’hui au Parti Socialiste ???...Je ne sais plus, et n’ai donc pas su la reprendre depuis l’an dernier. Cautionner des ambitions locales et personnelles ? Ce n’est pas la motivation de mon engagement.
 
Nous avions choisi de quitter ce ‘local’ il y a trois ans en venant sur Roubaix pour tourner cette page. Aujourd’hui j’en suis plus sereine, plus distante avec ce qui se passe de fait sur Villeneuve-d’Ascq. Ma seule amertume ce jour est pour Jean-Michel Stiévenard, qui ne mérite pas à mon sens ce que j’ai pu lire de beaucoup sur les blogs, suite aux résultats de dimanche. Son erreur me semble-t-il est d’avoir été trop « légitimiste » et mis sa confiance en ce Parti qui l’a au fil des années bien trahi…Même si nous sommes tous un peu responsables, membres de l’équipe ancienne, nouvelle sans doute aussi, le vrai responsable est ce Parti, qui ne se nourrit que de lui-même et meurt de sa « sclérose individuelle ». Je n’oublie pas que le vrai responsable est aussi Gérard Caudron, dont il faut bien reconnaître la légitimité reconnue encore 7 ans après…
 
Alors bonne chance à vous sur Villeneuve-d’Ascq. J’espère que le Parti en tirera des leçons, ce dont je doute pourtant connaissant les « amitiés  circonscriptionnelles » et les risques individuels (il faudra préserver de l’emploi et je ne sais pas s’il y a des directions d’office HLM en latence de poste de direction… ? donnez quelques adresses aux responsables sociales villeneuvois si tel est le cas !). Soit j’arrête car j’adopte le même ton que Marc qui n’est habituellement pas le mien !
Voilà donc pour « mon histoire », excusez ce ton très personnel, peut-être quelques-uns d’entres vous le partageront ? Finalement pourquoi aujourd’hui utiliser encore le terme de deuil ? Parce que je leur en veux, ou je leur en veux encore, à tous d’avoir brisé mes illusions. Illusions familiales (mes oncles, mes grands-parents sont tous des militants ou élus socialistes), illusions de jeunesse, illusions  militantes. 

Le pouvoir de représentation politique est le seul légitime et reconnu encore aujourd’hui (par rapport à l’associatif)…Alors oui c’est sans doute cette désillusion de ce qu’on en a fait qui me rend amère. Je n’ai pas été élue pour fanfaronner dans des serrages de paluches même si c’est important, mais pour agir. L’action m’a été permise « à titre individuel » j’ose dire, j’ai le sentiment d’avoir appris beaucoup et fait ce que j’ai pu dans le suivi de mes dossiers sur la parentalité et les Droits des femmes, mais je n’ai pas su la rattacher à un travail d’équipe politique, et à la question du sens collectif dans le parti…
 
3 ans de deuil de parti, 3 ans de douleur sur cette désillusion. Certes n’étant pas d’un naturel pessimiste, il m’a permis de « rebondir » aussi…La résilience ? Le mot est fort, vous en rirez sans doute. En tous les cas il m’a permis de réfléchir au sens de mon travail (professionnel), et d’être aujourd’hui, grâce à ce que quelques-uns ont cru en moi, à l’IRTS (Institut Régional du Travail Social), après 6 ans pour le secteur privé marchand (Arcelor et 3 Suisses International) et entreprendre un peu de ce sens collectif qu’on peut donner à l’action militante.
 
Enfin je finis là, par cette page qui se tourne, j’avais besoin de vous l’écrire, pour partager je l’espère et aussi pour pouvoir « me » libérer. Ce soir la page est tournée…et nos deux petits loulous et le troisième en route (3 sur ces 3 ans…) nous ouvrent d’autres nouvelles libertés !
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Samedi 15 mars 2008
 
 
undefinedD’ici 24 heures, nous saurons d’après nos dirigeants qui de la droite ou de la gauche aura gagné ces élections locales à caractère national… j’ai bon sur la définition ? Ca devrait contenter tout le monde.
 
Cependant, la premier vainqueur de ce scrutin reste l’abstention notamment au niveau des municipales soi-disant le scrutin préféré… des villes de moins de 3500 habitants… pour les autres, nous sommes loin, très loin du compte. Sur les villes de plus de 10.000, la participation peine à passer les 60%...
 
A mon sens, la principale leçon à retenir pour la gauche est bien là… désormais… mais le phénomène s’était produit à l’occasion des régionales de 2004… l’abstention profite à celle-ci. Constat difficile pour un citoyen engagé de gauche, une fois de plus, nous allons « célébrer » une victoire à la Pyrrhus… faute d’électeurs.
 
Et j’avoue mon malaise devant les déclarations de certains de nos vainqueurs… leur triomphe s’assoit sur un terrain politique non stabilisé voir instable (je parle de cux qui se sentent pousser des ailes pour le congrès...). Le refuge dans l’abstention des quartiers populaires s’enfonce dans une habitude… où seule pour l’heure, Ségolène Royal avait réussi à les faire revenir aux urnes… un temps court… je ne parle même pas de la jeunesse…
 
On peut lister ces grands fiefs de gauche, ces grandes villes qui font la fierté du Parti Socialiste… prenons la réelle mesure de leur réalité électorale… combien à plus sur la moyenne des villes de plus de 10.000 (cf 61%)… j’ai peur de m’avancer mais aucune et le plus souvent on a dû mal à franchir les 50%...
 
C’est ce fossé qui nous sépare de victoires à de vraies échéances nationales (législatives, Présidentielles)… Les chercheurs, les analystes qui se penchent sur le PS font tous ce constat… La Parti Socialiste est devenu un parti « local » et j’ajoute que par rapport à cette question de l’abstention qu’il n’est pas en mesure de prétendre à autre chose.
 
En grossissant le trait, le PS n’est plus qu’une somme de notables locaux… adepte d’Edgar Morin, je pourrais lui appliquer cet axiome : « la somme des partis est différente des parties qui l’a compose »… oui avec cette nuance… au PS on applique plutôt la soustraction.
 
Que faire ? comme dirait l’autre… poser tout à plat… c’est un impératif avec des dirigeants en capacité de porter les différentes problématiques qui en découlent… seul problème… celles-ci n’apparaissent pas au soir du 16 mars 2008… loin de là… et nous avons les mêmes dirigeants depuis 15 à 20 ans à de rares exceptions… le nœud du problème est aussi là.
 
Question subsidiaire… par rapport à 2001, combien de villes allons nous récupérer… nous en avons perdu une quarantaine (de mémoire)… la victoire, si il y a, ce mesure aussi par rapport à un référentiel… enfin je crois… vous me direz la droite, c’est par rapport au sondage… ce qui n’est guère mieux. 

Je me trompe peut être mais je ne crois pas à un sursaut civique demain... le spectacle offert cette semaine me paraît particulièrement contreproductif...
 
PS : J’avais cet article en tête depuis cet après midi en forme de réponse à celui de Pire Racaille par rapport au vote extrême droite et à Sarkozy.
 
 
 
 
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Vendredi 14 mars 2008
 
undefinedJe ne rebondis pas sur le sentiment de NicolasJ sur cette question car pour moi c’est bien le débat « pourri » d’avance… (édit : discussion très intéressante et très sereine chez lui)
Il tient au plus profond de l’individu dans son rapport à la mort et en plus s’y mêle le rapport de la société à l’individu, à l’éthique, à la morale qui transcende le religieux. 
Strictement encadré, il est du seul ressort de l’individu. Ni pour, ni contre… à titre purement personnelle, je n’y suis pas opposé… 
Au fait, peut considérer le suicide comme une forme d'Euthanasie ?
 

Je suis tombé sur cet article dans Libé hier… il m’a ému.... je vous le livre…
 
La dernière cigarette du retraité (source Libération)
Ce serait mieux pour votre santé d’arrêter de fumer, a conseillé son médecin de famille à Camille, 85 ans. Bilan : Camille s’est jeté dans le puits. Certains mieux sont l’ennemi du bien .La vie allait tranquillement dans ce hameau de Creuse, cinq maisons, des voisins sympas, une vie ordinaire. Camille était né là, il y mourrait, comme ses parents avant lui. Pendant la guerre, il avait trouvé moyen d’échapper au STO en se planquant dans les bois. L’avantage de vivre dans un petit périmètre, c’est qu’on le connaît comme sa poche. Parce qu’il n’avait jamais besoin d’aller bien loin, Camille.
Question transports, sa Motobécane années 60, avec sacoches pour les courses, avait toujours fait l’affaire. Après la nouvelle réglementation, il avait dû s’acheter un casque. Déjà ça, il s’en serait bien passé. Il le mettait quand il allait en ville, à cause des gendarmes. Pour le reste, les courses de proximité et les pauses bistrot, il s’en passait du casque.
C’est comme les médicaments, la petite pile n’en finissait pas de monter, midi et soir, remèdes à la vieillesse, paraît-il. «Regarde ce qu’ils me font avaler. Où est-ce qu’on est parti ! Je le verrai pas, je préfère pas le voir.»
Pendant trente-cinq ans, il avait trait ses huit laitières, matin et soir, à croupetons au cul des vaches. Après la retraite, sa vie s’était organisée d’elle-même : la chasse à l’automne, la pêche au printemps, l’accordéon et puis les visites. Y avait souvent du passage chez Camille. «Assieds-toi, tu vas boire un canon.»
Il avait le tutoiement facile, la conversation également, curieux des autres. Il n’avait jamais quitté son village. Pour quoi faire ? Les règles communes vous rattrapent même dans un hameau perdu. Inutile d’essayer de se planquer dans les bois.
Santé, sécurité à tout prix, même en bout de vie.
Alors quand il s’était agi de renoncer à ses dix cigarettes qu’il se roulait si parfaitement qu’on aurait cru que la gomme était dans sa salive, il l’a dit tout haut : «Ah bon ! Ça aussi, ça m’est interdit.»
Et il a changé, replié sur lui-même, solitaire ces dernières semaines, plus le cœur à rien.
Cette nuit-là, il s’est levé sur le coup des quatre heures : «Je vais pisser.»
Sa femme l’a entendu, puis elle l’a attendu. Un coup de carabine résonne fort dans le silence. Quand elle est descendue, il pissait le sang. On meurt pas avec la chevrotine. Les chasseurs savent ça et leurs femmes également. Mais quand il a saisi le fusil, elle le lui a arraché et est allée chercher le voisin.
Le voisin a vu le sang sur le carrelage de la cuisine, à l’étage aussi, sur le plancher, mais pas Camille.
C’est la fille, en arrivant, qui a remarqué que le couvercle manquait sur la margelle du puits.
Il n’y a pas loin de la porte au puits. Pour la commodité, avant l’eau courante. Trois pas pour chercher l’eau. Ou s’y jeter.
Avec précaution, ils ont appris à sa femme que Camille était mort. Elle a dit : «Oh ben, il a fait ce qu’il voulait. Eh ben, il l’a fait.»
Une manière de marquer que cette décision-là, au moins, lui appartenait.
 
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